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Festival A Corps

A Corps est un festival qui réunit des artistes professionnels et des étudiants amateurs de tous pays, pour une semaine de rencontres et de découvertes. Ouvert à divers champs artistiques du spectacle vivant, le corps et ses représentations sont au cœur de ses préoccupations (le corps comme vecteur politique, poétique…).

C'est un événement exceptionnel depuis plus de 20 ans désormais, initié par Isabelle Lamothe Lagrange et encore en partie porté par elle aujourd'hui.

Il est exceptionnel par nombreux aspects:

  • Environ deux cents festivaliers sont accueillis chaque année
  • La participation demandée en fait un événement accessible, et elle couvre l'entièreté du quotidien sur place, en plus d'un accès illimité.
  • La programmation est époustouflante et assez avant-gardiste.
  • Les festivaliers sont amenés à rencontrer les professionnels qui passent sur scène à l'occasion de plusieurs ateliers ou conférences.
  • Les festivaliers dansent et voient des spectacles, installations ou performances tous les jours.
  • Les festivaliers participent à des moments exceptionnels comme des happenings de 200 personnes.
  • Les festivaliers sont accueillis par d'autres festivaliers, locaux, des bénévoles, et les services de l'Université, du TAP et de la Ville, dévoués et forts sympathiques.
  • Les festivaliers peuvent se retrouver pour danser ensemble et expérimenter des jams ou des formes d'art plus confidentielles.
  • Les festivaliers passent sur scène dans des conditions professionnelles.
  • La ligne artistique est politiquement engagée.

Cette liste à la Prévert ne saurait décrire combien cet événement a été à la fois bouleversant, fondateur, épanouissant, enrichissant, enthousiasment et source de bonheur pour moi.

Outre les dizaines d'amateurs (dont une partie est devenue pro) et de professionnels que j'ai rencontré là-bas et côtoie encore aujourd'hui pour certains, j'ai traversé des centaines d'expériences de vie dont certaines inimaginables.

En particuliers, deux expériences de régressions dont une de “rebirth” m'ont permises de mieux comprendre qui je suis, en mettant en lumière deux évènements cruciaux de ma vie.

L'expérience de rebirth (un voyage intérieur évoquant ma propre naissance) a été rendue possible dans un atelier de Claire Filmon, qui n'était pas destiné à cela.

Je me souviens que l'atelier était inspiré de rituel(s) indien(s), arrangé pour l'occasion en trois parties. Une première de présentation de l'atelier, une deuxième d'expérimentation en 4 temps, et une troisième de “retour” sous forme d'écriture spontanée puis de prise de parole.

C'est lors de cette deuxième partie que j'ai revécu ma naissance. 4 temps de 20 minutes marqué par un gong et accompagné d'une musique (icelle dont je ne me souviens guère), devant correspondre à un état présenté en première partie. Je ne suis pas sûr des états demandés. Mais il était important de ne pas se fier purement à consigne, plutôt à ce que l'on en avait retenu, sans se contraindre trop non dans les moments de passage pour respecter sa propre temporalité.

  • Temps 1: Relaxation. Sommeil autorisé. Position allongée sur le dos, yeux fermés et recherche de l'immobilité, à l'écoute de son corps, seuls les fonctions vitales nous meuvent, je prends conscience de mon empreinte dans l'air comme dans le sol, de mon poids, je ressens mon corps s'enfoncer le sol, la pensée est libre d'aller où bon lui semble tant qu'il s'agit de s'écouter avec bienveillance et quiétude.
  • Temps 2: Eveil. A l'écoute de l'environnement, toujours les yeux fermés, j'éveille mes sens un à un, y compris la vue. Je reprends possession de mon corps, organe après organe depuis mes viscères dont le son a bercé ma relaxation jusqu'à la peau qui perçoit les courants d'air et les rayons de soleils chauds et colorés dans mes paupières. Des mouvements reptiliens s'amorcent qui me dictent de chercher la chaleur et d'identifier ces sons et vibrations provenant de l'extérieur de mon corps. J'ai la sensation d'être une forme de vie primitive.
  • Temps 3: Le contact, la rencontre, l'échange. Il s'agissait progressivement d'ouvrir les yeux et de retrouver une posture debout, d'évoluer dans l'espace à la rencontre de son environnement et des autres. Contacts et échanges étaient permis, souhaitables pour qui le désirait. Je ne suis pas allé au bout de cette étape, ma temporalité ne m'ayant pas apprêté à temps à ce moment. En fait, j'ai cherché à aller au bout, mais je n'ai pas pu ouvrir les yeux. Peut-être cela m'a-t-il tenu éloigné des autres, mais pas de l'environnement. J'étais ultra-sensible, mes sensations décuplées sans pour autant trop saturer. J'ai dû mettre plusieurs minutes à l'approcher d'un mur au maximum sans m'y cogner. Cela ne me paraissait pas long, mais dû l'être pour mes “congénères” (ceux “de ma portée”).
  • Temps 4: Pour n'y être pas parvenu, je ne m'en souviens pas. Il me semble que la consigne était de se rassembler pour “faire corps” ensemble, sans nécessairement se toucher, sans forcément être géographiquement proches. On peut être “physiquement” proches à distance voire à grande distance, en étant reliés. Par les sens, l'intention ou ce que le présent nous offre. Je me suis senti très seul à ce moment-là. “En retard” comme assez souvent dans ma vie. Tout s'est arrêté autour de moi, une sensation de froid m'a envahie, par les pieds, glaçante à tout point vue. Je sentais des regards braqués sur moi, indiscernables donc inidentifiables derrière mes paupières closes, des regards de toutes parts comme si je me trouvais au milieu d'un cercle, ou d'une meute de nous.
  • Temps 5: Imprévu. Et pourtant. Pas le choix. Il fallut ouvrir les yeux. Cet état devait avoir une fin. Il fallait voir. On m'attendait. Je devais reconnaitre. Qui était là? Qui m'attendait? Que me regardait? J'ouvre les yeux. Je réalise quelque chose sans rien comprendre. Un big bang se produit hors de ma conscience. Je n'en perçois rien. Je fonds en larme. Aucune tristesse. Je suis là. Ma meute est bien en cercle. Non pas autour de moi comme je la sentais, mais un peu plus loin? S'est-elle déplacée? Ai-je ressenti à côté? Une amnésie passagère ou le temps qui m'a échappé? Je reste là. Les questions m'envahissent. Quelques secondes qui me paraissent une éternité. Je les rejoins. “Tout va bien”.

La partie trois commence. Je suis toujours là. C'est comme si deux moi cohabitaient. L'ancien, enfin l'actuel, est un peu abassourdi et laisse faire. Démarre l'écriture spontanée.

festival-a-corps-poitiers.txt · Dernière modification: 2018/05/20 22:26 par Arsène